Comprendre les origines de la crèche de Noël

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Comprendre les origines de la crèche de Noël

Ecrit le 24 déc. 2019 08:51

Message par medico

Comprendre les origines de la crèche de Noël
Propos recueillis par Youness Bousenna - publié le 23/12/2019

Dans son dernier livre, Noël. Aux origines de la crèche (Seuil), le philologue italien Maurizo Bettini sonde avec érudition et pédagogie les sources à partir desquelles s’est élaborée, depuis un texte évangélique lacunaire, la tradition de la crèche.

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Que disent les Évangiles au sujet de la crèche ?

La crèche est un syncrétisme car, comme Noël, elle se situe à la confluence des traditions anciennes. Les Évangiles, de Matthieu comme de Luc, ne disent presque rien du lieu et de l’ambiance de cet événement. Mais, à un moment, on décide pourtant que la naissance du Christ se produit dans une grotte, à la manière de nombreux dieux de l’Antiquité qui y sont nés – Mithra, Hermès, Dionysos… Cela symbolise une naissance sous le sceau de la menace et de la violence, comme celle de Jésus menacé par Hérode. Aussi, on évoque une mangeoire et non un berceau, ce qui donne là aussi un caractère d’urgence. Cette mangeoire est explicitement évoquée par Luc comme un signe du Seigneur. Tous ces éléments puisent donc dans la symbolique antique pour annoncer qu’une chose nouvelle va advenir, et ainsi faire saisir la rupture que la naissance du Christ va opérer.

Vous montrez que cette tradition syncrétique s’élabore par une relecture de l’héritage païen qui se déroule sur plusieurs siècles. Quelles sont ces étapes ?

Le cas du bœuf et de l’âne est particulièrement caractéristique de cette relecture. Les gens sont toujours surpris d’apprendre qu’ils ne sont pas dans l’Évangile ! Leur première apparition remonte au Ve siècle à Milan, avec une image montrant un enfant veillé par ces deux animaux. Cela commence donc par une allégorie. Il faut toujours avoir à l’esprit que les Pères de l’Église ne pensaient pas comme nous et faire de l’anthropologie historique pour saisir leur mentalité. Ces gens n'étaient pas philologues, ni bloqués par la lettre du texte. Ils réfléchissaient par résonances, c’est-à-dire qu’ils étaient convaincu d’avoir compris l’écriture sacrée lorsqu’ils trouvaient des résonances scripturaires avec elle.

Ainsi, Origène va trouver chez le prophète Isaïe une mention du bœuf et de l’âne en connexion avec la mangeoire. Pour lui, c’est le signe que Jésus est le vrai Messie, puisque la mangeoire est au centre de la narration évangélique. Et alors, puisqu’il y a une mangeoire, le bœuf et l’âne entrent à leur tour dans l’histoire de la Nativité. Initialement, le bœuf est pur et a donc été rattaché aux juifs, alors que l’âne impur représenterait les non-juifs. Avec le temps, cette histoire encore augmentée par d’autres deviendra donc une narration. Elle touche aussi à une mémoire culturelle, issue du mythe selon lequel des personnalités qui vont changer les choses sont veillées par des animaux, comme Romulus et Rémus nourris par la louve. C’est le signe d'un changement important à venir, d’une rupture, avec l’idée que les forces de la nature saisissent le caractère divin avant les hommes.

En quoi la crèche doit-elle rappeler l’unicité du Dieu chrétien, puisque vous soulignez qu’elle en a la fonction ?

La crèche rappelle l’universalité à travers les rois mages car leur prosternation devant le Christ prouve sa divinité. Ces mages sont évoqués de façon très vague dans l’Évangile ; nous n’arriverons jamais à comprendre pourquoi ils ont été placés dans cette histoire. Plus tard, des interprétations verront un parallèle entre ces rois mages et la prophétie du mage Balaam dans le Livre des Nombres, évoquant le surgissement d’une étoile d’Orient comme l’annonce de la venue du messie. Cette lecture pourrait être à la racine des rois mages qui, venant d’un Orient où sont nées les traditions spirituelles, montrent que ces religions antérieures reconnaissent désormais l’universalité du Christ.

Alors que le texte biblique est très fragmentaire, comment expliquer l’apparition d’un mage noir et de leurs trois prénoms – Gaspard, Melchior et Balthazar ?

Des parallèles ont été trouvés à travers des résonances scripturaires. Ils ont permis de voir comment ces « mages » sont progressivement devenus des rois alors que le texte évangélique les rapprochait plutôt des magiciens et thaumaturges omniprésents à cette époque, la magie étant alors prise très au sérieux. La dimension royale va peu à peu prendre le pas, et l’un d’entre eux est identifié comme venant d’Afrique. Tertullien fait notamment appel à une prophétie des Psaumes qui évoque un roi d’Éthiopie. L’un des mages a donc été représenté comme étant Noir.

Le nom de Balthazar lui est généralement attribué. Mais, là encore, c’est totalement arbitraire ! Comme ceux de Melchior et Gaspard, et même leur nombre de trois : ils auraient très bien pu être douze. On relève une première origine dans un fragment écrit autour du VIe siècle. Cette traduction en très mauvais latin évoque trois noms semblables à ceux que nous connaissons : Bithizarea, Melchior et Gathaspa. Un à deux siècles plus tard, une autre traduction du grec écrite en mauvais latin et attribuée de façon certainement erronée au moine anglais Bède le Vénérable, montre un tournant car elle donne une description très détaillée de ces mages, qui contribue à fixer le récit en mentionnant notamment leurs trois offrandes – l’or, la myrrhe et l’encens. C’est ce chemin scripturaire qui m’intéresse.

La crèche abrite toute une foule de personnages non religieux sur lesquels vous vous attardez aussi. Quelle est leur fonction ?

La crèche est un dispositif compliqué et très riche en dépit de son aspect à première vue enfantin. Cette complexité tient au fait qu’elle contient deux facettes fondamentales. Il y a le niveau des acteurs principaux – la Sainte Famille, l’âne, le bœuf, les mages – et, en parallèle, celui des spectateurs dont les figures quotidiennes représentent tout le monde. Ces derniers assistent au spectacle tout en en faisant partie. Il est difficile de connaître leur contexte temporel. Ces personnages semblent parfois sortis du XIXe siècle mais ont aussi l’air d’être des contemporains. Cela conduit à une absence de temporalité, une achronie, qui mêle du temps différent. Il y a donc plusieurs plans d’organisation au sein de la crèche, mais aussi deux niveaux de spectateurs : internes, avec ces figures, et externes – nous-mêmes. Ces spectateurs internes sont donc très intéressants car ils forment un intermédiaire entre la scène sacrée et nous, ils représentent un « nous » dans une forme adaptée à la scène tandis que leur présence nous introduit dans la crèche.

Pour tout savoir sur les traditions de Noël, voir notre numéro : « Noël, comment une fête païenne est devenue chrétienne. Et inversement. »
http://www.lemondedesreligions.fr
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(Isaïe 30:15) Votre force résidera en ceci : dans le fait de rester calmes et [aussi] dans la confiance.
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